Bienvenue dans cette nouvelle catégorie ! Le principe : chaque fois des chroniques rapides et (complètement) partiales de quelques albums sortis récemment. Ce premier sur le pouce est aussi un spécial : le thème reprend les sorties électroniques marquantes depuis le début de l’année 2011. Le port du casque pour écouter les pistes de cette chronique est donc éminemment conseillé.
Acoustic Tales | Field Rotation | Sortie le 31 janvier chez Fluid Audio
“Il suffit d’un lexique pour contenir tous les mots. Mais à la pensée, il faut l’infini.” (Pouchkine) L’ambient de Field Rotation est un zéphyr au souffle pourtant glacial. Œuvre d’une beauté maussade, les cordes perçantes invoquent les terreurs de l’esprit, quand le drone sporadique mais vrombissant le tient en apesanteur, victime à dessein de ses démons. Seulement 200 exemplaires ont été tirés pour les Acoustic Tales de l’allemand Christoph Berg, déjà tous écoulés. Mais qu’importe, celui-ci a déjà gravé la pierre du souffle des âmes mortes et de leur éternel effroi.
http://player.soundcloud.com/player.swf?url=http%3A%2F%2Fapi.soundcloud.com%2Ftracks%2F7432282&show_comments=false&auto_play=false&color=5f320c Field Rotation – Acoustic Tale 5
Impermanence | Agoria | Sortie le 31 janvier chez Infiné
Dans ce qu’il représente de fugace (“impermanent“) et flottant (la pochette), le français Sébastien Devaud propose en fait une techno enveloppante et immersive. Comme si, les oreilles bourdonnantes, plongés dans des profondeurs pourpres, les battements de ses compositions cédaient aux tentations les plus sensorielles. Y compris débaucher des idoles, aussi symboliques (Carl Craig) qu’identitaires (par cette soul lascive), sur de longues plages ambiantes. Mais il faudra bien un jour les sacrifier, pour qu’Agoria exhibe définitivement toute l’étendue de son talent.
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Ravedeath, 1972 | Tim Hecker | Sortie le 14 février chez Kranky
Tim Hecker a toujours conçu ses albums dans un seul et même élan, qu’il découpait ensuite pour convenir aux formats classiques. D’un climat ceignant aux multiples variations, des mélodies qui transparaissent dans un drone tubulaire et permanent, le travail du Canadien rejoint des rêveries insensées. Tim Hecker ne cherche pas plus : comme la chute d’un piano n’a pas d’objet scientifique, sa musique est une matière abstraite, inaliénable mais dont chacun peut faire son expérience. Tim Hecker magnifie la destruction incertaine et fascinante de toute chose.
http://player.soundcloud.com/player.swf?url=http%3A%2F%2Fapi.soundcloud.com%2Ftracks%2F8843901&show_comments=false&auto_play=false&color=4b4b4bTim Hecker – Hatred of Music I
Routes Not Roots | K-S.H.E. | Sortie le 28 mars chez Skylax Record
Il faut parfois se laisser convaincre par les défricheurs de musique quand on découvre un album. Plus qu’un objet musical, il peut appeler la réflexion sur soi et le sens culturel au-delà de l’émerveillement esthétique. Routes Not Roots est ça évidemment, mais ne l’est pas non plus tout à fait. Dépassant le concept, recueil de sensibilités pour une house épurée et significative, il est à la confluence du récit personnel d’un androgyne nomade et d’un canevas artistique à l’aiguillée parfaitement maitrisée. Terre Thaemlitz, alias K-S.H.E., s’affranchit des transitions.
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No Noia My Love | Karsten Pflum | Sortie le 14 avril chez Hymen Records
À la base de l’IDM, la drum’n'bass du danois Jacob Helverskov Madsen pose un pied ferme, mais agite l’autre du côté des essais rythmés d’Aphex Twin période Windowlicker. Dans un bidouillage acéré, la richesse des beats vient boxer l’oreille et des loops s’érigent en autant de rappels mélodiques. Sa musique est psychotrope : déployée sur la longueur, elle tire de force son auditeur dans un délire prosodique, où la sensation électronique n’est jamais sacrifiée sur l’autel du génie technique.
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Orbitus EP | Access to Arasaka | Sortie le 19 avril chez Tympanik
Chimère musicale nourrie de glitchs et d’oscillations synthétisées, l’electronica de Rob Lioy est exigeante, sans jamais se perdre dans sa complexité physique. Les reliefs sont ceux d’un champ magnétique imperceptible, aux pointes invisibles mais éperonnées, qui transporte le voyage sensoriel au plan des planètes et de l’hyper-espace. Si Boards of Canada gonflait l’infini du champ stellaire, Access to Arasaka est au contraire la chronique de l’affaissement des espaces, d’une résorption horizontale qui ouvre un couloir angoissant, aux angles tranchants.
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Out 1 | Pierre LX | Sortie le 25 avril chez Initial Cuts
Le minimalisme exacerbé de Pierre LX est paradoxalement ultra-dansant. Comme une lame de fond, les beats de Out 1 sont lourds et entrainants et se fond par touches séquencées, de sorte qu’il ne cherche pas à bâtir un quelconque concept à assembler soi-même. Pierre LX ne laisse jamais un silence à l’appréciation hasardeuse de son auditeur, mais au contraire emplit l’espace d’une fusion des genres. Out 1 est tellement concentré qu’il ne calcule plus rien : intuitif, il trace sa route sinueusement dans la jungle farouche des garages londoniens. Audacieux pour un Français.
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ISAM | Amon Tobin | Sortie le 9 mai chez Ninja Tune
Amon Tobin, éminence grise de l’IDM depuis plus de quinze ans, a-t-il produit son drukQs ? Dans la richesse débordante des textures et la longueur harassante de ses compositions, il a réussi son pari. Toutefois, les mille nuances d’ISAM sont plus agressives, et sans doute moins significatives que le tableau d’Aphex Twin. L’itinérance un peu confuse d’ISAM trouve ses moments de grâce quand elle ne se perd pas dans une mutation sonore coléreuse. Mais même s’il n’évite pas l’écueil des passages fastidieux, Amon Tobin garde entre les mains de quoi nous faire scintiller les yeux.
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Belle sélection… en remplaçant Agoria par adamned.age, Pierre LX par Tapage et en ajoutant Fuji Kureta et Kangding Ray, j’aurais dit banco.
On aurait du mal à être exhaustif ! En tout cas ça me donne des idées d’albums à découvrir. Même si je sais déjà que Fuji Kureta a des chances de finir chroniqué un jour ici…
Et Karsten Pflum sur IRM.
Je viens de tomber sur ton site SGT. Parfait. La première écoute est bien satisfaisante, parfait pour bosser ce petit Field Rotation. Hâte de découvrir la suite.
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