Days | Real Estate

Indie rock, alt-country

Oublié, l’hiver qui s’annonce : Real Estate sort son nouvel album. Et l’on est en droit de croire que celui-ci nous ramènera le soleil, si l’on a d’ores et déjà écouté leur premier effort, éponyme, sorti il y a de cela deux ans. La formation originaire de Ridgewood dans le New Jersey et qui a maintenant pris ses marques à Brooklyn a fait appel à Kevin McMahon (qui a déjà fricoté avec les Walkmen) pour produire Days, nouvel opus aux pépites iodées et gorgées d’UVB de ce groupe qui souffle un surf rock des temps modernes. Musique n’étant rien sans contexte, embarquons pour l’East Coast où nous attendent les membres de Real Estate dans une des cabines de plage ornant la pochette pour nous raconter leurs histoires.

Oubliés, les soucis. Dès le guilleret Easy, on s’emporte avec la réverb’ de Matt Mondanile, guitariste de la formation, et la voix de Martin Courtney nous calme. Celle-ci n’a rien d’extraordinaire, on sait pertinemment qu’elle ne s’envolera pas comme celle de Hayden Thorpe, qu’elle ne sera pas aussi habitée que celle de Matt Berninger ou aussi touchante que lorsque Sufjan Stevens nous conte ses histoires alambiquées. Justement, c’est sa banalité qui la sublime et elle trouve son salut dans son traitement et dans l’accompagnement instrumental qui en est fait. Cette banalité d’apparat, on la retrouve dans les textes de Real Estate, comme par exemple sur Green Aisles où elle est appliquée à une réflexion sur le passé (« All those wasted miles / All those aimless drives through green aisles / Our careless life style / It was not so unwise, no »). Le son se fait langoureux, les différentes sonorités réverbérées créant un background pastel qui nous berce sur le pont de plus d’une minute de ce morceau. Cette recette était déjà celle de leur précédent opus et ils l’exploitent toujours à merveille. Dès lors, quoi de nouveau sur Days ?

La réponse ne se fait pas attendre, et l’insistant It’s Real y apparaît comme un nouvel ingrédient. Avec ses percussions plus incisives et son tempo plus marqué, mais faisant toujours la part belle à la ritournelle, les membres de Real Estate nous montrent là qu’ils n’ont pas (plus ?) peur de s’affirmer comme de vrais artistes pop au sens noble du terme. Le début pourrait nous faire croire à une face B de The Coral à laquelle la voix de Martin Courtney ajoute une vraie identité, se permettant même d’y insérer des chœurs dont Coldplay aurait pu se servir sur Viva La Vida. Mais chassez le naturel et il revient toujours au galop, sans que cela soit pour nous déplaire : Kinder Blumen, toute instrumentale qu’elle est avec son güiro et son tambourin, nous fait voyager quelque part sur une plage caribéenne au soleil couchant alors que le ciel magenta se mêle à l’horizon turquoise. C’est alors qu’Out Of Tune nous sort des limbes et nous ramène dans ces fameux « suburbs » dont Arcade Fire nous avait fait une visite guidée sur son album sorti l’année dernière, le bien-nommé The Suburbs. Là aussi, comme dans le suave Municipality qui enchaîne ensuite, les guitares se font aériennes, vaporeuses, et nous embrument comme pour mieux nous imprégner des histoires de tous les jours qui nous sont contées.

It was all out of tune
You’re entering this town
Yourself a weeping clown
You play along to songs written for you

But you’re all out of tune
You’re all out of tune

Out Of Tune

Le dernier tiers de l’album dénote d’un état d’esprit empreint de doutes, et qui doit se remettre en question pour avancer et évoluer, que ce soit sur le plan sentimental sur l’enjoué Wonder Years ou sur le fait de mûrir, sur Three Blocks et Younger Than Yesterday. Ce dernier morceau commence d’ailleurs par une partie acoustique qu’il aurait peut-être été judicieux de faire durer, mettant de côté le temps d’une chanson l’instrumentalisation fournie (sans pour autant qu’elle soit lourde) qui caractérise cet album. La fin sur All The Same se joue d’un parallèle tiré entre le jour et la nuit, comme les deux faces d’une même pièce. Sur la deuxième moitié du titre, Real Estate nous prouve que de belles mélodies peuvent ne pas être forcément complexes et use jusqu’à la corde la boucle de guitare créée aux prémices de ce morceau. Et le rythme se ralentissant, les images s’enchaînent et défilent, comme autant de moments que l’on aurait aimé revivre, ce disque dans les oreilles.

Clairement, le groupe s’efforce sur cet album à retranscrire certaines atmosphères, certains instants de vie dont la simplicité se marie à la beauté et à l’instantané pour former des souvenirs dont on ne se souviendra finalement pas. Bande son d’un automne aux douces réminiscences d’étés indiens parsemés de frissons crépusculaires, cet opus est la digne suite de leur premier disque, éponyme. Attention toutefois à trouver les ressources nécessaires pour explorer de nouveaux horizons musicaux et ne pas lasser des fans dont la satisfaction sera authentique à l’écoute de ce Days. Mais nul doute que ceci doit déjà trotter dans les têtes des réels esthètes de Real Estate.

  1. Easy
  2. Green Aisles
  3. It’s Real
  4. Kinder Blumen
  5. Out Of Tune
  6. Municipality
  7. Wonder Years
  8. Three Blocks
  9. Younger Than Yesterday
  10. All The Same

Days, sur Domino Records, et en écoute intégrale sur Under The Radar.

Sortie le 16 octobre 2011

Franck

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