Replica | Oneohtrix Point Never

Drone hallucinogène

Sous un alias finement sélectionné et couvert de mystère, Oneohtrix Point Never projette effectivement ses limites musicales hors de vue. L’américain Daniel Lopatin, qui cache son visage derrière une barbe mal rasée, néglige magnifiquement ses compositions, jusqu’à rendre possible éveillé le voyage astral, cette décorporation rendant la flottaison infiniment intense. L’ambient appelle justement l’abandon. Chez Oneohtrix Point Never, celui-ci passe par la dilatation dermique, là par où les stimuli sont le filtrat des sonorités biologiques, électroacoustiques mais aussi de celles du langage. Dermique encore car ses compositions rendent le corps poreux aux plus minces vibrations, sensible aux moindres sensations frissonnantes. Pour nos cinq sens, le monde imaginaire qui se profile n’est que l’épure du monde à peine quitté : Replica ne fait qu’y rajouter un sens confus et des sentiments.

Dédale étriqué aux parois duvetées, faites de synthé qui les déposent par vagues successives et dont les coins n’heurteront que la curiosité pour des sonorités aussi absconses qu’abstraites, Replica se joue ainsi des sens en les confondant tous. Comme un psychotrope qui poudre le creux du nez avant d’embuer les yeux et d’assourdir les oreilles, cette nouvelle production n’est plus la castagne qu’était Returnal, précédente réalisation de Lopatin, là où le mur sonore déployé écrasait et boxait le visage sous un rythme précipité. Replica est à la fois la montée et le bad trip du toxicomane toujours garrotté, un univers multidimensionnel où chaque sample pioché dans la publicité télévisée souffle dans un sens contraire aux autres. Porté par les nappes légères des synthétiseurs, il n’y a qu’à se laisser dériver dans ce labyrinthe enfumé. Des sas en décompression d’Andro, qui ouvre l’expérience de Replica, aux pianotements inquiétants de Power of Persuasion, jamais il n’y a de sensation d’atterrissage. Et il en va de même jusqu’à Explain, piste emplie de soupirs séraphiques, zénith sensoriel. Daniel Lopatin piège celui qui n’est que spectateur entre les voiles vocaux fantomatiques (Remember, Submersible) et les rythmes martelant des faisceaux de couleur en myriade, du plus pressant (Up, Child Soldier) au plus lancinant (Replica, Nassau). Plus que psychédélique, Replica est orbital, avec ses amplitudes et ses divers degrés de célérité.

Sleep Dealer

L’artiste de Brooklyn condense en un album tout une posture et un imaginaire autour du dédoublement sensoriel. Stupéfiant ou non (je vous laisse en choisir le sens), Replica est impalpable et ne se laisse pas analyser de façon cartésienne : entre deux eaux, il est mouvant et se révèle à chaque écoute comme un nouvel environnement transcendant. La pochette (Weird Tales de Virgil Finlay), qui pourrait exprimer ce choc du miroir et de l’âme aspirée jusqu’au minéral des os, a inspiré Nate Boyce pour l’ensemble des autres illustrations de Replica, et dont nous vous invitons à découvrir les œuvres en vidéo, déjà intimement marquées de la musique et de l’esprit mystique d’Oneohtrix Point Never.

  1. Andro
  2. Sleep Dealer
  3. Power of Persuasion
  4. Remember
  5. Replica
  6. Nassau
  7. Submersible
  8. Up
  9. Child Soldier
  10. Explain

Replica, sur Software Recording Co. / Mexican Summer et en écoute sur Soundcloud

Sortie le 8 novembre 2011

Thomas

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