Blown Realms & Stalled Explosions | Enablers

Alternative rock, spoken-word

Sur l’autel d’accords imparables et efficaces à outrance, d’aucuns oublient bien souvent, sur la scène que composent aujourd’hui toutes les nouvelles sirènes du rock, le pouvoir des paroles. Pourtant, même si celles-ci sont souvent couvertes par des instrus ravageuses et que nos oreilles feignent seulement de les entendre, les strophes ont la capacité de graver encore plus profondément les sensations musicales : n’est-ce pas le cas d’artistes comme Nick Cave avec ou sans Grinderman, de Tindersticks, Wilco, et j’en passe ? Ici, quand la guitare d’Enablers rugit, la voix étouffée mais grave de Pete Simonelli est intransigeante. Elle saisit et berce par des contes noirs et frondeurs, à la poésie résolument musicale.

Le quatrième souffle d’Enablers est un halètement continu, presque réprimé, qui s’emballe parfois en mouvements vifs et s’apaise souvent sur les paroles âcres de Simonelli, comme autant de pensées mornes au milieu du désespoir, entre les soubresauts d’une agonie. Terriblement humain, Blown Realms & Stalled Explosions remue les sentiments dans leur universalité. Pete Simonelli est un grand gaillard à la poésie brisée par les rues américaines, celles-là même qui, ceinturées par les buildings bétonnés, abritent toutes les strates de la société sur de même larges trottoirs. Son chanté-parlé, étendu sur le tumulte subtile des guitares de Joe Goldring et Kevin Thomson ainsi que des percussions de Doug Scharin, avale sans retenue ces sensations urbaines. Le torrent de sentiments humains qui déferle dans la musique d’Enablers se fait dans une pagaille rondement menée : la furie de Patton ou de Rue Girardon, le ton assurée de The Reader, la mélancolie de Morandi: Natura Morta #86, la frénésie à crescendo de Visitacion Valley, le soulagement saturé de l’épilogue A Poem For Heroes. Enablers parle au cœur en même temps qu’il l’agite. Son Blown Realms & Stalled Explosions ne parle pourtant pas de lui-même, il a besoin d’être entendu attentivement, mais il devient alors rapidement ce pacemaker cardiaque calé au double tempo de la batterie et de la voix de baryton : le cœur devient lourd, et pèse sur l’âme qu’on y loge souvent abstraitement en creux.

Morandi: Natura Morta #86

Alors, quand bien même Enablers n’accouche pas d’un album parfait, sans vrais morceaux phares prenant aux tripes, l’ensemble de son nouvel effort est une ode sombre déclamée à la fois à tout un chacun et à personne, une œuvre compacte qui pousse celui qui en est captif dans un sérail d’oubli et de d’accablement, sous une plume à la littérature magnifiée. Terriblement humain, vraiment.

  1. Patton
  2. Cliff
  3. Career-Minded Individual
  4. Morandi: Natura Morta #86
  5. No, Not Gently
  6. The Reader
  7. Hard Love Seat
  8. Rue Girardon
  9. Visitacion Valley
  10. A Poem For Heroes

Blown Realms & Stalled Explosions, sur Exile on Mainstream Records et sur Bandcamp

Sortie le 23 mai 2011

Thomas

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