Low + L’Etrangleuse, à l’Epicerie moderne (Feyzin)

Le vent soufflait très fort ce soir-là dans la vallée du Rhône, balayant le visage et ébouriffant les cheveux. Tout semblait aller plus vite dans l’obscurité tombée comme un voile sur Lyon, des phares des automobiles qui la transperçaient à toute vitesse aux battements des branches trop secouées. Ce genre de soirée qui conduit bien souvent à s’égarer seul dans ses propres habitudes, à préférer l’inertie au mouvement, reclus contre l’agressivité de l’extérieur. Pourtant, ce soir-là, on est tiré de cet écrasement ambiant par une motivation tout autre : la traversée de France de Low, le mythique groupe américain de dix-huit ans, est axiale et ses deux seuls points cardinaux sont évidemment la capitale de France et de Navarre, mais aussi celle des Gaules. Enfin, plus exactement Feyzin, qui les accueille bien sûr dans le cocon de l’Épicerie moderne, toujours à la pointe de la programmation de la région. Direction donc la pointe sud de Lyon, nous aussi à filer avec hâte dans la nuit noire, sur l’autoroute du Soleil.

La salle n’est pas bondée comme à ses meilleurs jours, et même si le côté bar ne désemplit pas, le hall reste clairsemé des quelques groupes qui s’entretiennent avant de s’engouffrer dans la salle. Le temps pour nous d’une poignée de minutes, d’entamer son verre  et de discuter au froid dans le seuil de l’entrée, et déjà résonnent les premières notes de L’Étrangleuse, première partie des Américains de Duluth, MN. D’un nom qui évoque presque une affaire sordide de Faites Entrer l’Accusé, le duo sur scène, Mélanie Virot derrière sa harpe et Maël Salètes à la guitare, se garde pourtant de toute envie assassine et se réclame plutôt d’un « folklore rurbain », porté par les cordes. Français mais au chant anglophone, Maël présente brièvement sa formation après un premier morceau que l’on a moitié manqué, et très rapidement les deux artistes reprennent sur une composition des plus harmonieuses. L’attention du public tient tout entièrement au charme du mariage entre sa guitare (tantôt électrique, tantôt sèche) et la harpe qu’elle bascule entre son corps et le sol. Tandis que les doigts d’une Joanna Newsom glissent sur les cordes d’une dextérité époustouflante, Mélanie Virot vient en mouvements amples percuter les cordes de ses mains, paradoxalement dans une justesse de ton jamais trahie. Les premiers morceaux sont d’une beauté fracassante, morceaux dans lesquels la harpe serpente dans les hautes herbes débroussaillées par la guitare et la voix missionnaire de Maël Salètes. Les textes cafardeux sont même complétées en milieu de représentation par une tranche de poésie russe, avec la reprise de Kasyak lubvie (traduit par leur propre soin Le joint de l’amour) de Kletka Red, qui tend fièrement à rappeler ce que pourrait produire Matt Elliott. On aura pourtant tort de trop s’extasier, car L’Étrangleuse s’égare vite dans un canevas bruitiste, pas toujours maîtrisé. Au final, ils s’en sortent tout de même sous les ovations du public. Elle et lui, lui et elle. Le couple semble définitivement rodé, apte à proposer sans faille un vrai univers, largement cohérent malgré des directions parfois déroutantes.

Après une première partie qui a plus de quoi laisser satisfait qu’interrogatif, on trépigne d’enfin de voir les trop rares Low entrer sur scène. Très vite, le guitariste/chanteur Alan Sparhawk et le bassiste Steve Garrington règlent tout leur matos et laisse à Mimi Parker le soin de n’arriver que pour le début du concert. Quand ils entrent finalement en file indienne dans la pénombre de la scène, les applaudissements du public couvrent leur pas. À partir de là, la contradiction Low se met en marche : saisissant très vite leurs instruments, les transitions vont être hâtives, presque précipitées, d’ailleurs il faudra attendre d’avoir passé l’heure pour avoir enfin un mot du groupe qui ne sera autre que ‘Merci’. Pourtant, en même temps, le groupe déploie tout le chamanisme de sa musique : Low ralentit le temps, freine l’image qui colle encore plus longtemps à la rétine ; musique où le tandem mené par la guitare et la basse susurre aux oreilles un dialogue imperceptible, une buée grave et condensée. Les éclats de lumière qui se reflètent dans les pieds des cymbales de Mimi Parker sont éblouissants, quand elle-même est perdue dans l’ombre du milieu de la scène. On finit bel et bien isolé de cet extérieur qui se presse et s’asphyxie de mouvement. Jouant essentiellement les compositions de C’mon, sa dernière très bonne réalisation (chroniquée ici), Low emplit la salle de la voix rude de Sparhawk et des percussions de Parker, entre tambourinements, frottements et autres raclements des baguettes sur la batterie. Dans un huit-clos à quatre, le public ne s’hétérogénéise plus qu’entre les différents morceaux pour acclamer le groupe et réclamer certaines chansons. Allant même jusqu’à amener le chanteur du groupe à se confier sur toute la préparation et le temps mis dans et pour ces concerts, ou même encore avant la première chanson du rappel à s’émouvoir de l’enthousiasme du public pour leur travail. Low est un groupe droit et honnête. Mais ces qualités n’en font pas les défauts, puisque le trio de Duluth joue et chante d’une sincérité désarmante, ramenant modestement tout à lui. Ce soir-là, à l’Épicerie moderne, il était encore une fois possible d’assister à une véritable scène de vie et de renoncement au superficiel. La musique de Low est d’une justesse épurée : oui, souvent j’ai fermé les yeux pour sentir son souffle chaud et apaisant me traverser de part en part.

Ce n’est pas souvent que l’on ressort d’un concert en ayant l’impression de ne pas s’être ennuyée une seule seconde. L’Étrangleuse peut suivre la voie ouverte par Low : elle mène tout droit à un tourment nacré d’élégance.

Setlist (approximative) :

Nothing But Heart
Nighingale
Try To Sleep
You See Everything
Lion/Lamb
Hand So Smal
Witches
Especially Me
Majesty/Magic
(That’s How You Sing) Amazing Grace
Monkey
Done
Dinosaur Act
When I Go Deaf
Last Snowstorm Of The Year
———————
Laser Beam
Murderer

Merci infiniment à Dark Globe pour l’invitation !

Low + L’Etrangleuse, le jeudi 1er décembre 2011 à l’Epicerie moderne, à Feyzin (69320)

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Un commentaire sur “Low + L’Etrangleuse, à l’Epicerie moderne (Feyzin)”

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