L’Homme à tête de chou | Alain Bashung

Chanson française ″éro-mantique″

L’entrée timide à l’été 1982 d’Alain Baschung au 5 bis rue de Verneuil, chez Lucien Ginsburg, accouche du face à face de deux artistes magnifiques, mais profondément tancés par la houle de leurs vices. Quand Bashung rencontre Gainsbourg, il veut qu’il lui écrive des morceaux de la même plume qui a enfanté Melody Nelson. Gainsbourg lui signera chacune des étincelles de Play Blessures. Mais la rencontre n’est pas qu’artistique, la compréhension est profonde entre les deux bêtes blessées, si bien qu’ils vont se perdre à deux tout l’été durant dans les fantaisies de l’alcool. De l’admiration mutuelle au profond sens de l’empathie qu’ils s’accordaient l’un à l’autre, le duo de deux des plus grands artistes français depuis l’après-guerre est un chemin pavé d’or. Difficile d’avoir la critique acide quand la baffe qui nous brosse le visage est passionnelle et grandiose.

L’Homme à tête de chou, chef-d’œuvre absolu du Gainsbourg borderline, est depuis 2007 un peu celui de Bashung, quand il a décidé de se le réapproprier. Ultime hommage de l’un à l’autre, c’est déjà dans les entrechats de la danse qu’il s’y niche depuis deux ans, par la mise en scène de Jean-Claude Gallotta. Déjà le rythme est chancelant, irrigué de la violence sèche du jeu du désir. Et la musique, évidemment, déjà connue, celle virtuose de Gainsbourg, mais au ton revisité et réinterprété. Les intentions vicieuses de Gainsbourg, portées par un jazz minimal, se transforment ici en un cri plus bestial et sauvage, dans la fureur des guitares ou de percussions plus claquantes. À vrai dire, c’est sans doute Bashung lui-même qu’on entend à travers la création musicale de son ami de trente ans. Celui-là se voulait poète incantateur ; Bashung l’habille d’un manteau noir, lui et sa fable aux reflets pourpres. D’une voix désormais de légende, le fou de Gaby éveille les sirènes du désir autour de l’illustre Marilou, qui en boira le calice jusqu’à la lie. Car le ton à son égard est là plus directif et assuré quand l’interprète ne louvoie pas, quand la mousse n’est que savonneuse et n’est pas encore celle qui prend la couleur vermeille du sang de cette shampouineuse de Marilou. Bashung ne singe pas Gainsbourg, il peint son œuvre dans un autre camaïeu, noir sur gris : comme lui, il réussit à s’adresser à tous sans apostropher, mais il habite aussi distinctement de lui la jalousie maladive de son personnage, d’une façon plus ferme que perverse. Toutefois, l’une dans l’autre, chaque interprétation est trempée d’une grande douleur, qui dépasse la simple condition du chanteur et va puiser dans celle de chacun des deux hommes.

Variations sur Marilou

Que dire si ce n’est que cet exercice périlleux n’aurait pu que décevoir, mais qu’au final, bien au contraire, le charme que Gainsbourg et Bashung s’étaient trouvé est exemplaire quand il mélange leurs deux univers. Le même souci des mots et de poésie de ces deux monstres sacrés pourtant si fragiles se fend d’un accord parfait, où l’exquis des mots déclamés confirment un album parfait, et où la différence de ton rouvre sous un nouvel angle une boite à songes et fantasmes n’ayant jamais connu les affres du temps.

  1. L’Homme à tête de chou
  2. Chez Max coiffeur pour Hommes
  3. Marilou reggae
  4. Transit à Marilou
  5. Flash Forward
  6. Aéroplanes
  7. Premiers symptômes
  8. Ma Lou Marilou
  9. Variations sur Marilou
  10. Meurtre à l’extincteur
  11. Marilou sous la neige
  12. Lunatic asylum

L’Homme à tête de chou, sur Universal Music

Sortie le 7 novembre 2011

Thomas

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